L'écologie française du Président Macron : messages ambivalents ?

Président Emmanuel Macron. Source: Voici.fr

Au cours de la récente campagne présidentielle française, Emmanuel Macron a été taquiné comme le candidat du « en même temps » : c’était son expression favorite lors des débats et des interviews et il était devenu difficile de croire qu’il puisse être capable de prendre des décisions, à tel point qu’il a essayé de faire appel aux deux bords politiques.

Cela pourrait bien être un atout. Mais certains considèrent que son apparente argumentation envers les deux bords est confuse et manque de concentration ainsi que d’orientation.

Pendant la campagne, contrairement à ses rivaux, il s’est peu prononcé sur l’environnement et l’écologie. Il a plus parlé des entreprises, du maintien du nucléaire et a refusé de condamner catégoriquement l’agriculture industrielle.

Toutefois, la plupart des Français considère important qu’il soit parvenu à évincer l’extrême-droite de Marine Le Pen, la candidate du Front National. Mais pas seulement ; il a également entraîné les Républicains du centre-droit et la Gauche dans la confusion.  Le Front National a depuis éclaté, si ce n’est implosé. Cela le met, pour le moment, dans une position de force.

Un nouveau Ministère avec à sa tête un Ministre de la transition écologique

Son approche du « en même temps » déplaît à certains :  de quel côté penchera-t-il, et quelles sont ses principales préoccupations ?  Il a récemment été critiqué par des militants écologistes pour son absence apparente de dynamisme en matière de questions environnementales.

Dans le but de rassurer, M. Macron a réagi en nommant Nicolas Hulot, le plus populaire et très apprécié « Écolo », Ministre de l’environnement – ou plutôt Ministre de la Transition Écologique dans sa dénomination actuelle.  M. Hulot est le président et le fondateur de l’ONG Fondation pour la Nature et l’Homme, et travaille assidûment depuis plusieurs décennies pour la protection et la réforme de l’environnement.  Il avait, jusqu’à présent, refusé toutes les offres de poste ministériel, bien qu’il ait servi comme envoyé spécial du Président Hollande pour la protection de l’environnement dans le cadre de la Conférence sur le climat COP21. *

Nicolas Hulot, nouveau Ministre d’État, ministre de la Transition écologique et solidaire: Source: L’Express afp.com Stéphane de Sakutin

Le fait que le populaire M. Hulot (parmi les environnementalistes) ait accepté le poste, inspire confiance.  Toutefois, très récemment, entre le premier et le deuxième tour des élections présidentielles, du 27 avril au 7 mai, il a vivement critiqué le programme environnemental du Président Macron, qu’il considérait comme étant voué à épuiser la nature plutôt qu’à la préserver et à la maîtriser. D’autre part (« en même temps » !), lorsque M. Hulot a pris ses fonctions le 17 mai, il a été très élogieux à l’égard du travail acharné effectué par la Ministre de l’Environnement sortante Mme Segolène Royal, qui avait mis en place l’ambitieuse Loi sur la biodiversité ainsi que de nombreuses autres vastes initiatives environnementales.

Les approches contradictoires ?

Le nouveau Président a choisi un cabinet dont les points de vue sont loin d’être harmonieux, et il espère sans doute qu’une telle divergence engendrera les meilleures solutions.  (Nous l’espérons).  Par exemple :

  • Le nouveau Premier Ministre Édouard Philippe (ex-Maire du Havre et boxeur amateur) se positionne pour la construction contestée et très médiatisée de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, tandis que M. Hulot s’y oppose.
  • Le Président Macron et son Premier Ministre soutiennent l’énergie nucléaire : M. Hulot s’y est toujours opposé. (Le nouveau Premier Ministre a été Directeur des affaires publiques du producteur nucléaire Areva, lobbyiste pour les mines d’Areva au Niger).
  • Le Premier Ministre – en tant qu’adjoint du Département de Seine-Maritime – a voté contre la Loi de transition énergétique, soutenue par Macron. Il a également voté contre la Loi sur la biodiversité, et, en 2012, a cosigné une commission d’enquête sur la fracturation hydraulique du gaz de schiste que le Président avait déclaré ne pas soutenir. (D’un autre côté, le Premier Ministre est en faveur des énergies renouvelables marines).  Lorsqu’il était maire du Havre, il s’était opposé à la fermeture de la centrale au charbon de la ville, alors que le Président veut, quant à lui, supprimer progressivement le charbon.
Edouard Philippe, nouveau Premier Ministre et boxeur normand: Source: VSD

L’ONG française France Nature Environnement affirme que le programme du Président n’est pas aussi ambitieux qu’elle l’aurait souhaité, même qu’il va dans le bon sens.  Pour sa part, le Président Macron justifie son programme de croissance verte en le qualifiant de non agressif et de plus progressif.  Mais certains préféreraient qu’il soit plus percutant.  Le 9 mai, 8 ONG, dont France Nature Environnement, WWF, les Amis de la Terre, et tout particulièrement la propre fondation de M. Hulot, la Fondation pour la Nature et l’Homme, ont écrit une lettre ouverte au nouveau président en soulignant la priorité de la transition écologique et en affirmant qu’il devrait y avoir plus de coordination entre les ministères chargés de l’Environnement, de la Santé, du Travail, de l’Agriculture, de l’Économie et des Territoires Ultramarins.

Par conséquent, si la transition énergétique et les autres propositions écologiques devant protéger l’environnement ne figuraient pas parmi les priorités du nouveau Président au cours de la campagne présidentielle, la nomination de Nicolas Hulot comme Ministre de la Transition Écologique est, nous l’espérons, bien plus qu’une simple posture.

Les propositions de mise à jour de Macron sont :

  • Économiser 50 milliards d’euros d’investissements publics pour l’énergie et la transition écologique ;
  • Promouvoir l’investissement privé dans les énergies renouvelables (30 milliards d’euros).
  • Carbone zéro : éliminer progressivement toute l’énergie fossile (la moitié de la consommation de la France) et doubler l’énergie renouvelable d’ici 2022. Aucune fracturation hydraulique pour le gaz de schiste, et aucune exploitation des hydrocarbures (p. ex. : gaz, pétrole) ne seront autorisées.  Augmenter les taxes sur le carbone.
  • Une production énergétique équilibrée ; le doublement de la production d’énergie éolienne et solaire.
  • Simplifier la répartition de l’aide pour ceux qui luttent pour la transition énergétique (réforme des crédits d’impôt).
  • Réduire la dépendance de l’énergie nucléaire de 50% d’ici 2025.
  • Le recyclage, afin d’atteindre une « économie circulaire » à 100% (l’économie circulaire consiste à conserver les ressources pour les réutiliser plutôt que de les traiter comme des déchets, grâce au recyclage), ce qui permettra aussi de créer des emplois dans les secteurs respectifs.
  • Protéger la santé en pratiquant une agriculture respectueuse de l’environnement.
  • Pousser, dans le cadre de l’UE à Bruxelles, à des sanctions commerciales contre tous les pays qui ne respectent pas les normes environnementales de l’UE (défiant ainsi les États-Unis avec leur nouveau président).

L’agriculture et les agriculteurs : L’activation du Macron « Food Forum »

  1. Macron espère gagner en juin grâce à une majorité parlementaire et envisage d’entreprendre, dans les 100 jours, ce qu’il appelle les « États généraux de l’alimentation ».  Il réunira tous les professionnels du secteur : distributeurs, producteurs, industriels de l’agroalimentaire et associations de consommateurs afin de faire face à la crise de l’agriculture française et d’assurer aux agriculteurs qu’ils seront payés à un prix plus élevé que le coût de production.  Il a promis d’ouvrir des négociations sur la régulation des marchés, en particulier pour le lait et la viande. Et à Bruxelles, il promet de se battre pour maintenir le budget du PAC. Les trois promesses budgétaires au cours de sa campagne portaient sur :
  • Cinq milliards d’euros sur cinq ans pour moderniser l’agriculture, ce qui pourrait avoir un impact positif sur l’environnement et le bien-être animal ;
  • Doubler le nombre de mesures agroécologiques déjà en place (MAEC) afin d’aider les agriculteurs à se tourner vers une agriculture durable.
  • Augmenter les prêts spéciaux (Prêts d’honneur) pour aider les jeunes agriculteurs.

Le nouveau Ministre de l’Agriculture, Jacques Mézard, un Sénateur de 69 ans, agriculteur à temps partiel, a rencontré les syndicats d’Agriculteurs La Confédération Paysanne et la Coordination rurale le 23 mai.  Là encore, les sentiments étaient mitigés, non pas envers le nouveau Ministre en tant que tel, mais envers le programme du Président.  La Coordination rurale est sortie plus sereine de la réunion en affirmant apporter son soutien au nouveau ministre, mais La Confédération Paysanne a été moins accommodante et a exigé plus d’aide et moins de sanctions pour les agriculteurs aux prises avec les nouveaux règlements, et un moratoire sur les contrôles agricoles qui étaient plus punitifs qu’instructifs.

Jacques Mézard, Ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation. c. Pascal Xicluna Min.agri.fr

Environnement et énergie

La Loi de Transition Énergétique et la Loi sur la biodiversité, déjà en place lorsque le nouveau président a pris ses fonctions, doivent être appliquées et mises en œuvre alors que des questions délicates sont encore en suspens, comme l’évolution de l’énergie nucléaire en France pour la période 2019-2023. Les points de vue de M. Macron sur l’énergie nucléaire ne rejoignent pas tout à fait ceux proposés dans la loi. Et puis, d’autres lois et projets de lois attentent d’être traités, notamment concernant les régions littorales soumises au changement climatique, le droit humain à l’eau potable et à l’assainissement, et l’automatisation des mesures d’urgence lors des pics de pollution : Nicolas Hulot, en tant que 3e ministre le plus puissant du gouvernement a du pain sur la planche…

Au niveau européen, la France voudra défendre sa position sur la production d’énergie et le changement climatique, l’économie circulaire, le glyphosate, et la définition des perturbateurs endocriniens, des négociations qui auront lieu en même temps que les négociations sur le Brexit, où il existe un risque de changement d’attitude de la part de certains pays : de bonnes compétences de négociation seront essentielles dans un tel climat politique, et l’approche du « en même temps » de M. Macron pourrait être un atout.

Au niveau international, lors du Sommet du G7 la semaine dernière le Président Macron était optimiste quant à la coopération des États-Unis, après avoir rencontré le Président Trump pour discuter du changement climatique et des bienfaits de s’adapter aux nouvelles normes écologiques qui créent, entre autres, de nouveaux emplois.  (Toutefois M. Trump a affirmé vouloir créer des emplois en permettant aux industries polluantes de ré-ouvrir…) Tous les espoirs sont maintenant sur Macron, le négociateur, alors que le monde attend que le président Trump se décide la semaine prochaine à signer ou non les politiques sur le changement climatique que tous les autres pays du G7 ont signé.

Le Président Macron a démontré, jusqu’à présent, qu’il peut réunir des Ministres qui ont des points de vue opposés et qui sont prêts à travailler ensemble afin de parvenir (nous l’espérons) à un consensus. Peut-être que son approche du « en même temps », taquiné par les journalistes, est plus précieuse que l’on ne pourrait le penser.

Chiffres pour la France : énergie. Source: l’Agence Internationale de l’Energie/International Energy Agency; ‘World Energy Outlook 2015’.

 

Importateurs et exporteurs de l’électricité, chiffres comparatifs. Net exporters and importers of electricity. Source Agence Internationale pour l’Energie/International Energy Agency: ‘World Energy Statistics’

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*D’autres pays ont ratifié l’Accord de Paris la semaine dernière à Bonn ; 145 pays l’ont désormais ratifié ; 55 pays seulement sont nécessaires pour que l’accord entre en vigueur.

Liens utils:

Statistiques développement durable, comparaisons internaltes mai 2017.

Publication OCDE  sur la transition vers une économie verte: ‘Monitoring the Transition to a Low-Carbon Economy: a strategic approach to local development, OCDE 2015.

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