Le Parlement européen met son veto aux critères sur les perturbateurs endocriniens

Notre sécurité sanitaire vient avant les profits du marché. Photo: Jan Willem van Wessel

Les nouveaux critères proposés par la Commission européenne définissant les perturbateurs endocriniens* présents dans les produits phytopharmaceutiques –  critères proposés en juillet – ont été rejetés par le Parlement européen la semaine dernière.

La définition était basée sur des critères scientifiques qui ont été discutés en Europe pendant quatre ans et auparavant soutenus par les pays Membres. L’ONG française Générations Futures a salué le veto. L’Union des industries de protection des plantes (UIPP) met en garde que les critères transitoires qui reviendront désormais en vigueur remontent à 2011 et ne sont plus appropriés.

Notre sécurité sanitaire vient avant les profits du marché. Photo: Jan Willem van Wessel

 La confiance s’effondre ; le doute règne, des questions d’éthique abondent. ce qui explique le veto parlementaire et le soulagement exprimé par les ONG environnementales. Notre propre santé et l’environnement sont en jeu, alors que l’argent et l’économie du marché parait primer…

Prenons, par exemple, le texte du document de la CE de 2016 qui établit des critères scientifiques pour la détermination des propriétés de perturbation endocrinienne. Le choix même de l’ordre des mots dans cette phrase, tiré du texte, n’inspire pas la confiance : le texte est plus révélateur en langue originale (anglais, voir ci-dessous).  Je traduis:

 Il convient d’élaborer des critères scientifiques pour la détermination des propriétés de perturbation endocrinienne conformément au règlement (UE) no 528/2012, en tenant compte de l’objectif de ce règlement visant à améliorer la libre circulation des produits biocides dans l’Union tout en assurant un niveau élevé de protection de la santé humaine et animale et de l’environnement.

Scientific criteria for the determination of endocrine disrupting properties pursuant to Regulation (EU) No 528/2012 should be developed taking into account the purpose of that Regulation to improve the free movement of biocidal products within the Union while ensuring a high level of protection of both human and animal health and the environment.

… (mes italiques)
De toute évidence, aux yeux de la Commission, les marchés industriels viennent en premier, avant la santé et l’environnement (relégué à la fin de la phrase derrière l’expression «libre circulation des produits») … C’est donc retour à la case départ pour la Commission.

Le doute et le manque de confiance dans les produits biochimiques gagnent du terrain en Europe: voir aussi la polémique sur l’herbicide controversé Glyphosate: le vote de la CE reporté.

Entretemps, l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire, de l’alimentation, de l’environnement et du travail)  a déclaré que le triclocarban (un antibactérien et un antifongique utilisé dans les savons, les lotions et les médicaments) et le TMBPF (présent dans les emballages alimentaires tels que les boîtes de conserve, en remplacement du bisphénol A) sont des perturbateurs endocriniens. : voir le communiqué de presse ici. Dans le cadre du 3e Plan national pour la santé et l’environnement (PNSE3) Anses poursuit ses recherches sur cinq autres substances: l’homosalate, le triflusulfuron-méthyle, le phosphate de triphényle, le bisphénol B et le BDE-47.

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*Voir aussi:

Perturbateurs endocriniens : apprendre à les reconnaître
Perturbateurs endocriniens : listes mises en ligne
Perturbateurs endocriniens : embrouille
Le Bisphénol A reconnu à l’unanimité comme un perturbateur endocrinien par l’ECHA

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