La pollution de l’air : Paris a le souffle coupé. Et le reste du Monde?

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La Tour Eiffel nous appelle de loin lorsque nous approchons Paris depuis l’autoroute de Normandie. Sa forme gracieuse ne cessera jamais de me donner un petit frisson en approchant la capitale- le même que j’avais ressenti en arrivant à Paris pour la première fois il y a maintenant des décennies. Cependant, maintenant, quand nous arrivons, on dirait que la Tour Eiffel ait perdu ses jambes, elle est ensevelie jusqu’aux genoux, elle est en train de disparaître dans une brume… Et les panneaux de l’autoroute nous avertissent, il faut ralentir : pollution. La brume peut être magique, mais le romantisme s’arrête brusquement lorsqu’on on vous dit que c’est, en réalité, le PM2.5, le PM10, le NOx et le NO2 – des particules polluantes, des oxydes d’azote et des dioxydes – et tout ça est suspendu comme une épée déguisée de Damoclès au-dessus de cette belle capitale.

Brume? Plutôt brouillard de pollution. Credit PA

Quand il s’agit de pollution, il n’y a pas de frontières. Mais il faut commencer quelque part. Prenons d’abord la ville de Paris : comment se compare t-elle par rapport à d’autres villes capitales ? Le soir de notre rentrée à Paris, c’est le picotement des yeux qui commence, tout comme la dernière fois qu’on était en visite, et la fois d’avant, et la fois d’avant cela … Et la fatigue s’installe. C’est l’une des raisons pour lesquelles nous restons plus souvent dans les champs de la belle Normandie. Il est à noter que Paris s’est fait tapée sur les doigts encore une fois ces derniers jours pour ses niveaux de pollution élevés.Un rapport Mobilité et Pollution de l’Air * publié le mois dernier pour Greenpeace par le Wuppertal Institute for Climate, Environment and Energy, montre que Paris est la deuxième ville européenne la plus polluante dans une liste de 13.

Source: « Mobilité et Pollution de l’Air. Classement de 13 grandes villes européennes » publié pour Greenpeace par the Wuppertal Institute, 22 mai 2018. Version française à venir.

Le NO2 est le dioxyde d’azote, un des gaz très réactifs produits par les moteurs à combustion interne et les centrales thermiques. PMs = Matières particulaires, c’est-à-dire les particules en suspension dans l’atmosphère, de différentes densités – particules fines et ultrafines – dans l’air qui polluent nos poumons et pénètrent dans notre circulation sanguine entraînant des maladies potentiellement mortelles. N’oublions pas que Paris est une capitale à forte densité  de population avec 21 000 habitants / km carré, plus forte que les autres capitales mentionnées dans le rapport.   Et n’oublions pas non plus que Paris est situé dans un bassin où l’air est piégé. Cela n’excuse pas le dépassement des seuils de pollution recommandés, mais cela démontre quand même comment la tâche de nettoyage est difficile. Le rapport du Wuppertal Institute sonne l’alarme et notamment concernant le développement du Grand Paris (voir Les folies de grandeur: Paris face à Londres, Berlin) qui pourrait potentiellement exacerber le problème car on risque encore plus de circulation venant de la banlieue vers le centre, propageant des fumées… Le rapport Wuppertal souligne que les niveaux annuels de particules PM pour Paris sont conformes aux normes de l’Union Européenne/UE, mais pas aux directives plus strictes de l’Organisation Mondiale de la Santé/OMS. Mais en ce qui concerne les niveaux de NO2 (dioxyde d’azote), Paris dépasse les directives de l’UE et de l’OMS. Jetez maintenant un coup d’œil à la base de données de l’OMS sur la qualité de l’air urbain: Paris ne s’en sort pas très bien non plus.

L’air de Paris était déjà très pollué en 2014. Les particules PM, également connues sous le nom de particules atmosphériques, sont des matières solides ou liquides microscopiques en suspension dans l’atmosphère. Les sources peuvent être naturelles (par exemple les volcans, les feux) ou artificielles (par exemple les combustibles fossiles dans les véhicules, les centrales électriques). Source: données tirées de la base de données de l’OMS sur la qualité de l’air urbain.

Un nombre croissant de villes et de villages du monde entier envoient leurs niveaux de pollution de l’air ambiant à la base de données de l’OMS. Les statistiques proviennent de plus de 4.300 villes dans 108 pays – 1000 autres villes ont fourni des chiffres depuis 2016. Sur la base OMS de données avec des chiffres datant de 2013/2014, vous verrez qu’en 2013/2014 l’air de Paris avait des particules bien plus polluantes que Londres, Bruxelles, Berlin, New York, Rome (juste), Madrid … Vérifiez si votre ville rapporte et comment elle se compare aux autres. Selon l’OMS, la ville la plus propre enregistrée est Muonio dans le nord de la Finlande (pas de surprise: c’est dans le cercle polaire!). Les villes de Pologne avec leur industrie charbonnière, et en Bulgarie, sont les pires pollueurs atmosphériques européens. L’Italie ne se porte pas bien non plus (Padoue, Settimo Torinese, Leina, Ceccano, Soresina). Aucun pays de l’UE n’a de ville répondant aux directives de qualité de l’air de l’OMS. Pour revenir à Paris: la Rive Droite Voie Georges Pompidou construite en 1967 pour prendre la circulation d’ouest en est le long des rives de la Seine sans feux de circulation, a été fermée en 2016 pour réduire les niveaux de pollution ; cependant cette mesure de fermeture n’est manifestement pas assez pour adresser le problème en prenant en compte les chiffres ci-dessus, malgré les protestations des lobbies à Paris et ailleurs pour le rouvrir. D’autres mesures ne suffisent pas non plus, telles que la fermeture de nombreuses rues aux piétons, l’amélioration des transports publics pour décourager les gens de prendre leur voiture, la mise en place de Velib’ pour encourager les gens à faire du vélo, la mise en place de plus d’espaces verts, l’agriculture urbaine… Madame la maire de Paris Anne Hidalgo a travaillé dur mais a encore beaucoup de travail à faire …

AVANT: Paris Rive Droite, Voie Express avant la fermeture à la circulation de Septembre 2016. © Loïc Venance/AFP Photos

 

APRES: Paris Rive Droite / Voie Express est fermée à la circulation depuis l’automne 2016 en tant que mesure de lutte contre la pollution croissante. La polémique règne encore entre politiciens et résidents parisiens concernant cette décision ; les preuves scientifiques fiables et convaincantes concernant l’efficacité de cette mesure manquent toujours…

Bien sûr, en prenant la voiture pour venir à Paris nous aggravons le problème. A partir de maintenant, nous prenons le train (grèves SNCF obligent …). Ou le BlaBlaCar, ou d’autres petites entreprises de partage de voitures où on peut bavarder – ou pas – avec des inconnus, faire des amis peut-être pendant le trajet et contribuer à réduire le nombre de voitures polluantes dans la ville. Tout comme la campagne mondiale BreatheLife (pour l’air pur) nous demande tous de faire ce mois-ci. Qu’en est-il des autres capitales? Une comparaison rapide entre les chiffres 2013/2014 de l’OMS et ceux – plus récentes – du Wuppertal Institute montre que les niveaux de particules PM des villes européennes diminuent – à l’exception de Berlin – même s’ils restent tous à des niveaux dangereux pour la santé.

 
La France renvoyée devant la Cour de justice de l’UE pour non-respect des valeurs limites du dioxyde d’azote (NO2).

La France (hexagone) dépasse globalement les limites de pollution, et a été plusieurs fois menacée par l’UE pour ne pas respecter les règles européennes sur la pollution par le NO2. Aujourd’hui, elle se trouve devant la Cour européenne pour non-conformité. Et ceci n’est pas nouveau:

  • Mai 2011, La France a été envoyée devant la Cour de justice de l’UE pour non-respect des limites de PM 10 fixées par l’UE.
  • Février 2017, la Commission a adressé à la France un «dernier avertissement» pour avoir violé à plusieurs reprises les règlements sur la pollution.
  • Le 30 janvier 2018, après des avertissements répétés, la France a été convoquée – avec le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Espagne, la Hongrie, l’Italie, la République tchèque, la Roumanie et la Slovaquie – à une réunion UE de la dernière chance, insistant sur les mesures plus appropriés au niveau national.
  • Le 17 mai 2018 (le mois dernier), la Commission européenne a renvoyé la France – ainsi que le Royaume-Uni, l’Allemagne, la Hongrie, l’Italie et la Roumanie – devant la Cour de justice de l’UE pour non respect des limites de pollution. Selon l’UE, l’Espagne, la République tchèque et la Slovaquie ont fait des efforts sérieux et ne sont pas poursuivis – même si l’UE les surveille.

Quoi et qui pollue en France? En accédant aux chiffres nationaux de l’UE sur les polluants (en 2015), vous y verrez quelles sont les activités sectorielles responsables : cliquer ici. Les niveaux de PM2.5 sont relativement élevés en France.  Les niveaux de NOx sont moins bons que ceux du Royaume-Uni, d’Allemagne, d’Espagne et de Pologne, par exemple.

Que risquons-nous? Notre santé, nos vies.

Il est de notoriété publique que les particules fines (PM 2,5, PM10, etc.) qui pénètrent dans les poumons et le système cardio-vasculaire entraînent des maladies potentiellement mortelles telles que les accidents vasculaires cérébraux, les maladies cardiaques et le cancer du poumon, la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), la pneumonie, de l’asthme. Consulter les statistiques et l’analyse de l’OMS- ça donne une lecture bien triste. L’Inde a dépassé la Chine en tant que plus grand pollueur du monde: les villes du nord de l’Inde ont des niveaux de pollution 16 fois plus élevés que Londres. Par contre, les investissements de la Chine dans les énergies propres, son plan d’action national sur la pollution atmosphérique et ses normes strictes d’émission semblent être en train de payer avec des niveaux de pollution en baisse de 30% entre 2013 et 2016. Et l’Inde a récemment annoncé son propre plan national d’assainissement de l’air, qui ne règle malheureusement que la surveillance de la qualité de l’air, laissant la responsabilité aux autorités locales de concevoir leurs propres plans d’action. D’un point de vue moins pessimiste, de plus en plus de pays donnent leurs statistiques sur la pollution de l’air à la base de données de l’OMS, ce qui montre que la sensibilisation au problème est en hausse et que des efforts sont déployés. Mais les niveaux de pollution restent dangereusement élevés dans de nombreuses régions, l’air urbain étant dangereux partout. 90% des décès surviennent dans les pays à revenu faible et intermédiaire. Pour citer l’OMS :

  • Les mégalopoles dépassent les niveaux indicatifs de l’OMS de plus de 5 fois
  • 9 personnes sur 10 dans le monde respirent de l’air contenant des niveaux élevés de polluants.;
  • Environ 7 millions de décès par an sont causés à la fois par la pollution de l’air ambiant (extérieur) et domestique.
  • La pollution de l’air ambiant a fait 4,2 millions de morts en 2016 et la pollution domestique (les poêles et les combustibles polluants dans les maisons) 3,8 millions de décès.
  • Les niveaux de pollution les plus élevés se situent dans la région de la Méditerranée orientale et en Asie du Sud-Est, suivis des villes à faible et moyen revenu en Afrique et dans le Pacifique occidental. Cependant, il y a un manque sérieux de données sur la pollution de l’air pour l’Afrique et une partie du Pacifique occidental.

L’une des principales causes sont les poêles et les combustibles polluants dans les maisons. Plus de 40% de la population mondiale (3 milliards de personnes) n’a pas accès à des combustibles de cuisine propres, qui sont la principale source de pollution de l’air domestique.

La fumée des feux de cuisson, comme celle-ci à Mumbai, en Inde, tue des millions de personnes par an. Vivek Prakesh/Reuters/Corbis. Source : www.nature.com

Donc – malheureusement – les personnes les plus pauvres et les plus marginalisées sont les plus touchées par les maladies liées à la pollution. Greenpeace a récemment lancé un appel à l’action pour abandonner les combustibles fossiles, montrant du doigt le rebond de l’utilisation du charbon, du pétrole et du gaz en 2017. ___________________________________ *Voir   Mobilité et Pollution de l’Air * publié le 22 mai pour Greenpeace par le Wuppertal Institute for Climate, Environment and Energy.  Nouvelle version française en cours. Plus d’informations : Première Conférénce mondiale sur la pollution de l’air et la santé, Genève, Suisse, le 30 octobre au 1er novembre 2018, organisée par l’OMS. L’OMS et la pollution de l’air, la santé (anglais uniquement) :  http://www.who.int/airpollution/en/ Les perspectives UE pour l’air pur (anglais uniquement) : EEC’s final Clean Air Outlook a été publié le 7 juin 2018 et affirme que le nombre de décès prématurés liés à la pollution de l’air en 2030 pourrait être réduit de plus de moitié si les Etats membres appliquaient les politiques de l’UE en matière d’émissions, de climat et d’énergie. Cliquer ici pour  la directive de l’UE sur les émissions nationales des polluants atmosphériques.

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