Perturbateurs endocriniens : embrouille

Le 12 janvier, la Commission des affaires européennes du Sénat a adopté à l’unanimité une proposition sur les perturbateurs endocriniens qui va à l’encontre de la position de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (A nses). La Commission des sénateurs s’est penchée sur un rapport publié en juin dernier par la Commission européenne à Bruxelles qui énonce des critères scientifiques pour l’identification des perturbateurs endocriniens (PEs). En bref, la Commission du Sénat envisage de maintenir les produits sur le marché que la CE a étiquetés des PEs «suspectés».  La Commission du Sénat dit que :

  •  le retrait des produits «suspectés» aurait « pour conséquence de diminuer la production et la rentabilité des exploitations agricoles… de manière excessive » ;
  • il faudrait davantage d’études scientifiques sur la définition et la catégorisation des PEs à l’échelle internationale avec des spécialistes indépendants, ce qui aiderait à réduire les pressions exercées par les lobbyistes.
Source: Mercola.com

Les recherches menées sur les PEs à l’échelle nationale et européenne sont à ce jour insuffisantes et trop limitées; l’accent à Bruxelles semblent être mis sur les produits phytopharmaceutiques (phytomédecines) et les pesticides, mais il faut se pencher davantage sur les aliments, les cosmétiques, les additifs, les plastiques, les métaux… Les PEs se trouvent dans de nombreux secteurs économiques. Les perturbateurs endocriniens sont pour la plupart fabriqués par l’homme. Ils agissent sur le système endocrinien en imitant, bloquant ou interférant avec les instructions naturelles envoyées par les hormones aux cellules. On les suspecte d’être la cause de l’infertilité, des défauts de naissance, des cancers, des maladies neurologiques, et de détruire le système immunitaire chez les humains et les animaux. Il n’est pas facile d’identifier les PEs : suite à des travaux de la Commission Européenne sur les critères scientifiques pour les PEs, elle a publié une feuille de route pour 2014 (2014 Roadmap) ** qui identifie trois catégories de PEs: les produits «connus» d’être un PE, ceux qui sont « présumés » et ceux qui sont « soupçonnés ».

Bisphénol A

Le bisphénol A, autrement connu sous le nom de BNA, est classé comme un perturbateur endocrinien « soupçonné ». Il existe depuis 1957 et est utilisé pour fabriquer certains plastiques et résines. Le 7 décembre 2016, le Conseil d’Etat français a imposé une interdiction temporaire en France sur les produits alimentaires conditionnés dans des substances contenant du BNA (par exemple, certains conserves, aliments emballés dans du plastique). En dépit des pressions exercées par les industriels, cette interdiction a été adoptée à la lumière d’études approfondies menées par l’Agence Française de l’Hygiène, de l’Hygiène du Milieu et de la Santé au Travail (Anses) qui ont mis en évidence les effets indésirables du BNA sur les animaux et les effets suspects chez l’homme. Parallèlement, le Conseil d’Etat a appelé à des tests scientifiques plus approfondis au niveau européen sur les dangers du BNA. La France est à la fois vigilante et influente dans ce domaine: en 2012, Anses a soumis une demande à l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA, qui met en œuvre la législation chimique de l’UE) pour une classification rigoureuse du bisphénol A; la CE a adopté cette proposition française en 2014.

Euroactiv.fr

La CE a le pouvoir de contester la décision du 7 décembre du Conseil, mais cela paraît peu probable. Le travail de la CE sur les PEs est toujours très critiqué par les parlementaires et les associations de protection de la santé comme Generations futures et PAN Europe. La CE a encore du travail à faire sur la définition des perturbateurs endocriniens. Le gouvernement des États-Unis, fortement exercé par les géants industriels, est ouvertement hostile aux évaluations des risques menées par la Commission européenne, disant que cela « pourrait avoir de graves conséquences pour les importations de produits agricoles des États-Unis ».Le Monde a publié en novembre dernier un bilan retentissant de la position nord-américaine. ***
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*Le rapport de la Commission Européenne fut publié en juin 2016.  Vous pouvez le consulter ici.
** La feuille de route de la Commission Européenne “ 2014 Roadmap”, avec les catégories des PEs , se trouve ici.
***L’article de Le Monde  de novembre 2016 sur la position de l’Amérique du Nord concernant le travail de la Commission Européenne sur les PEs se trouve ici. Voir aussi: Communiqué de presse de la Commission des affaires européennes du Sénat. Cliquer ici pour le travail de l’Anses sur les PEs. Cliquer ici pour les conclusions de l’Anses concernant les critères pour d’identification des perturbateurs endocriniens.

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2 comments on “Perturbateurs endocriniens : embrouille

  1. I hope our next government will impose a complete ban in France on those products containing BNA.
    We have to think we’ll before casting the right vote Mjo

  2. Yes. Not just Bisphenol A – there are many more products being sold on the market which are suspected by scientists of being EDs. Whichever government we vote in here in France this year, it must have the political will and ability to deal with these industrial lobbyists who seem only concerned about economic return, to the detriment of our health. They are managing to twist the arm of those in power and this shouldn’t happen. Saving an economic sector (see the Senate’s argument)can be done in many other, more judicial, ways than just letting the industrial lobbyists carry on. Sure, the farmers need a lot, a lot of help readapting to new necessary farming methods – and how,… But not this way.
    Ang

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